Friday, December 30, 2005

Tokyo Decibels

de Hitonari Tsuji (traduit par Corrine Atlan)

Histoire très sympa, où la vie est dirigé par le sonore. Un mélange entre le monde morne d’un employé de mairie et son monde imaginaire basé sur son paysage sonore.

Un jeune homme travaille à la mairie au service du contrôle des nuisances sonores. Il circule dans Tokyo (une des villes les plus bruyantes que j’ai visité avec le Caire) et mesure les niveaux sonores. Amateur de musique heavy métal et de bruit, il met ses écouteurs entre chaque secteur de prise de mesure, engloutissant l’ambiance sonore de circulation automobile dans un étourdissnat vrombissement musical.

Sur la trame d’une histoire d’amour finissante, il développe le projet d’une carte sonore de la mégapole. Il la réalise avec son ami retrouvé, accordeur de piano qui ne s’accorde plus d’un ton avec sa femme pianiste.

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Saturday, December 24, 2005

La conjuration des imbéciles

de John Kennedy Toole (traduit par Jean-Pierre Carasso)

Superbe roman se déroulant à la Nouvelle-Orléans. Une histoire si particulière qu’on en regrette que l’auteur n’ait pas véçu pour en écrire plus.

On se laisse doucement prendre par cette histoire et on se demande comment le personnage principal va se sortir de la vision du monde fermé qu’il s’est construit. Etre en totale anachronisme avec son temps qu’il considère comme une “insulte au goût et à la géométrie”, il rêve d’un retour au moyen-âge religieux et à ses valeurs. C’est aussi un grand enfant hypocondriaque (obsédé par son “anneau pylorique”), totalement dépendant de sa mère chez qui il vit toujours à 30 ans, qui refuse de travailler et de se trouver une place dans le monde réel.

La traduction très moyenne que j’en ai lu (datant de 1989) ne rend sûrement pas hommage au langage utilisé par l’auteur qui utilise des régionalismes. Au contraire, la traduction s’acharna même sur tous les anglicismes, même les plus banaux (par exemple : saucisse chaude pour hotdog), rendant la lecture limite cryptique par moment. Sa tentative d’adaptation en français de l’anglais parlé par un personnage noir est pittoyable : “Oua ho” au lieu de “Yo”… 

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Sunday, December 4, 2005

L’Empire des signes

de Roland BARTHES (1970)

 

C’est une perception toute française, européenne, et tout du moins occidentale, que nous livre Barthes dans cet essai sur le Japon. Il ne tente pas de faire un portrait objectif du Japon, mais le nomme son Japon fictionnel, son Japon à lui.

Il décrit sa perception d’étranger des “signes” du quotidien japonais : leurs pachinko, leur manière de saluer ou remercier, leur cuisine, les baquettes, les emballages de cadeaux, les haïku, le théâtre kabuki, l’absence d’adresses dans les rues,…

Après mon voyage là-bas, ce livre m’a servi de piqûre de rappel, comme une manière de prolonger mon voyage. J’ai pu totalement m’identifier à cette perception du Japon, à la fois quotidienne et philosophique.

Il sera question de la ville, du magasin, du théâtre, de la politesse, des jardins, de la violence ; il sera question de quelques gestes, de quelques nourritures, de quelques poêmes ; il sera question de visages, des yeux et des pinceaux avec quoi tout cela s’écrit mais ne se peint pas.

Il parle de ce pays basé sur une écriture (et donc une philosophie) si différente, autant dans le fond que dans la forme.

Le signe japonais est fort : admirablement réglé, agencé, affiché, jamais naturalisé ou rationalisé. Le signe japonais est vide : son signifié fuit, point de dieu, de vérité, de morale au fond de ces signifiants qui règnent sans contrepartie. Et surtout, la qualité supérieure de ce signe, la noblesse de son affirmation et la grâce érotique dont il se dessine sont apposées partout, sur les objets et sur les conduites les plus futiles, celles que nous renvoyons ordinairement dans la signifiance ou la vulgarité.

L’art japonais a toujours contenu de l’écriture et la calligraphie y est un art à part entière. Aussi, toute la culture japonaise découle d’une écriture qui se peint, se dessine et ne s’écrit pas et cela semble leur conférer un sens profond du graphisme.

 

De plus :

Barthes ne parle pas des motifs et des vêtements japonais, les kimonos. Ils sont pourtant très intéressants.

Il y a des siècles, les japonais ne portaient que des kimonos. Ils étaient de conception facile car une même taille est adaptables à plusieurs corpulences. Ils en avaient pour tous les moments de la journée : en coton pour dormir, en soie à motif répétitif pour le jour, en soie à motif plus élaboré pour les sorties, ou comme manteau. Les kimonos sont cependant toujours de la même épaisseur (en coton, en soie mais jamais en laine par exemple) La coupe du kimono permettant la superposition, l’hiver, ils en portaient plusieurs couches afin de se protéger du froid (voir pour exemple la femme sur la couverture du livre).

Du fait de cette coupe qui ne change pas ou presque (pour les jeunes femmes, on faisait des manches plus longue), ils se sont concentrés sur les motifs qui y sont représentés et les agencements de couleurs. Les plus décorés (ceux réservé aux jeunes femmes) sont de véritable oeuvre d’art, utilisant plusieurs techniques de peinture sur soie et de broderie; les moins décorés (pour les hommes) comportent un motif, l’armoirie de la famille. J’ai vu au Japon des motifs partout et des agencements de couleurs étonnants, toujours très soignés. Je crois que cette mode vestimentaire du kimono leur a permis de développer ce sens étonnant du motif et de la couleur.

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