L’Empire des signes
de Roland BARTHES (1970)
C’est une perception toute française, européenne, et tout du moins occidentale, que nous livre Barthes dans cet essai sur le Japon. Il ne tente pas de faire un portrait objectif du Japon, mais le nomme son Japon fictionnel, son Japon à lui.

Il décrit sa perception d’étranger des “signes” du quotidien japonais : leurs pachinko, leur manière de saluer ou remercier, leur cuisine, les baquettes, les emballages de cadeaux, les haïku, le théâtre kabuki, l’absence d’adresses dans les rues,…
Après mon voyage là-bas, ce livre m’a servi de piqûre de rappel, comme une manière de prolonger mon voyage. J’ai pu totalement m’identifier à cette perception du Japon, à la fois quotidienne et philosophique.
Il sera question de la ville, du magasin, du théâtre, de la politesse, des jardins, de la violence ; il sera question de quelques gestes, de quelques nourritures, de quelques poêmes ; il sera question de visages, des yeux et des pinceaux avec quoi tout cela s’écrit mais ne se peint pas.
Il parle de ce pays basé sur une écriture (et donc une philosophie) si différente, autant dans le fond que dans la forme.
Le signe japonais est fort : admirablement réglé, agencé, affiché, jamais naturalisé ou rationalisé. Le signe japonais est vide : son signifié fuit, point de dieu, de vérité, de morale au fond de ces signifiants qui règnent sans contrepartie. Et surtout, la qualité supérieure de ce signe, la noblesse de son affirmation et la grâce érotique dont il se dessine sont apposées partout, sur les objets et sur les conduites les plus futiles, celles que nous renvoyons ordinairement dans la signifiance ou la vulgarité.
L’art japonais a toujours contenu de l’écriture et la calligraphie y est un art à part entière. Aussi, toute la culture japonaise découle d’une écriture qui se peint, se dessine et ne s’écrit pas et cela semble leur conférer un sens profond du graphisme.
De plus :
Barthes ne parle pas des motifs et des vêtements japonais, les kimonos. Ils sont pourtant très intéressants.
Il y a des siècles, les japonais ne portaient que des kimonos. Ils étaient de conception facile car une même taille est adaptables à plusieurs corpulences. Ils en avaient pour tous les moments de la journée : en coton pour dormir, en soie à motif répétitif pour le jour, en soie à motif plus élaboré pour les sorties, ou comme manteau. Les kimonos sont cependant toujours de la même épaisseur (en coton, en soie mais jamais en laine par exemple) La coupe du kimono permettant la superposition, l’hiver, ils en portaient plusieurs couches afin de se protéger du froid (voir pour exemple la femme sur la couverture du livre).
Du fait de cette coupe qui ne change pas ou presque (pour les jeunes femmes, on faisait des manches plus longue), ils se sont concentrés sur les motifs qui y sont représentés et les agencements de couleurs. Les plus décorés (ceux réservé aux jeunes femmes) sont de véritable oeuvre d’art, utilisant plusieurs techniques de peinture sur soie et de broderie; les moins décorés (pour les hommes) comportent un motif, l’armoirie de la famille. J’ai vu au Japon des motifs partout et des agencements de couleurs étonnants, toujours très soignés. Je crois que cette mode vestimentaire du kimono leur a permis de développer ce sens étonnant du motif et de la couleur.